La plupart des street-artistes ont commencé à colorer la rue de manière « sauvage », en toute illégalité. Depuis quelques années maintenant, les graffitis ont acquis leur lettre de noblesse au point que de nombreuses collectivités font appel à ces as de la bombe pour des commandes publiques, les faisant passer du statut de petits délinquants à celui d’artistes…
La plupart des street-artistes ont commencé à colorer la rue de manière « sauvage », en toute illégalité. Depuis quelques années maintenant, les graffitis ont acquis leur lettre de noblesse au point que de nombreuses collectivités font appel à ces as de la bombe pour des commandes publiques, les faisant passer du statut de petits délinquants à celui d’artistes reconnus.
C’est le cas de Ratur qui vient de donner vie, sous la pluie, au visage d’une nymphe dont le regard lointain surplombe la confluence de trois quartiers, au croisement de l’avenue Gallieni, de la rue Pline-Parmentier et du pont dominant les voies ferrées.
Sur une bâtisse privée
Le Havrais se souvient de ses débuts en 2001. « On se cachait dans des endroits désaffectés. » Aujourd’hui, il se considère davantage comme un artiste contemporain qu’un graffeur. D’autant qu’après s’être essayé à la peinture sur toile, il a lâché les bombes au profit du pinceau, y compris pour ses œuvres urbaines. Quant aux commandes publiques, il les assume pleinement. « Ça m’aide à vivre de mon art. » Et il trouve l’exercice plus gratifiant que les expositions en galerie où « on est jamais sûr de vendre. Là, je suis payé et en plus, j’offre quelque chose au public, contrairement à une toile qui irait chez un particulier, à l’abri des regards. »
À Libourne, « Résurgence » s’affiche sur un mur de 14×8 mètres. Une sacrée vitrine, visible même des passagers du train. Et une nouvelle vie pour ce pignon blanc que son propriétaire ne supportait plus. C’est d’ailleurs lui qui a d’abord eu l’envie de le transformer en terrain de jeu artistique.
« Je devais refaire la toiture et comme un échafaudage était nécessaire tout autour de mon immeuble, je voulais en profiter pour y accueillir une œuvre à titre privé », relate Christophe Ponsan. En mars, ce dernier est donc allé voir la mairie pour demander ses autorisations de travaux. Lorsqu’il a exposé son projet, la municipalité, toujours à l’affût, a saisi l’occasion de développer un peu plus son parcours de street-art initié en 2021.
Un appel aux murs
Le maire Philippe Buisson a salué cette « collaboration » avec la famille Ponsan. « Notre volonté, c’est que la Ville n’impose rien. Il faut que ça corresponde à l’envie des propriétaires. » La municipalité a d’ailleurs lancé « un appel aux murs » jusqu’au 30 novembre. « Jusqu’à présent, 25 propriétaires se sont fait connaître, soit 25 façades à conquérir même si toutes ne le seront pas », informe l’élu.

Visible de loin aussi bien par les automobilistes, les piétons que les passagers du train, « Résurgences » surplombe le croisement de l’avenue Gallieni et de la rue Pline-Parmentier
P. R.
Christophe Ponsan, lui, est ravi du résultat. Au-delà de l’embellissement de son « horrible mur blanc » qui ne lui a pas coûté un centime, il a acquis une certaine cool attitude auprès des jeunes de sa famille.
Quant à l’œuvre en soi, elle semble faire l’unanimité chez les Libournais. « C’est un univers onirique, mythologique et très poétique. Dans ce regard porté, je vois beaucoup d’espoir. Cela fait partie de ces œuvres aux lectures multiples selon la sensibilité de chacun », analyse Tiphaine Giry. Ratur a par ailleurs joué avec la couleur de la pierre. Et d’expliquer : « J’ai peint une sculpture. »

